The Ibogaine Dossier
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NYU Conference on Ibogaine Nov 5-6, 1999

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Robert Goutarel
Robert Goutarel

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The Ibogaine Dossier

PHARMACODYNAMIE ET APPLICATIONS THERAPEUTIQUES

DE L'IBOGA ET DE L'IBOGAINE

L'ibogaïne en psychothérapie et dans la lutte contre les pharmacodépendances aux stupéfiants

Robert GOUTAREL, Directeur de Recherche Honoraire au C.N.R.S.;

Otto GOLLNHOFER et Roger SILLANS, ethnologues, C.N.R.S.

(France, Centre National de la Recherche Scientifique)

Le Tabernanthe iboga H. Bn. est une apocynacée arbustive d'Afrique équatoriale dont les racines sont utilisées, au Gabon, à faibles doses comme stimulant et à hautes doses pendant la cérémonie d'admission à la société initiatique gabonnaise du Bwiti. Quatre périodes sont décrites: les trois premières sont relatives aux études pharmacodynamiques conduites en France (1864-1905 et 1940-1970) puis aux Etats-Unis, essentiellement, les travaux de Ciba (1950-1970). La faible toxicité aiguë et chronique de l'ibogaïne est établie (Dahir, 1971). L'ibogaïne inhibe l'oxydation de la sérétonine et catalyse celle des catécholamines par une MAO (monoamine oxydase), la cæruloplasmine (Barrass et Coult, 1972). L'ibogaïne est une sorte d'hallucinogène à hautes doses (onirophrénique).

La période actuelle commence vers 1960 et couvre les applications de l'ibogaïne en psychothérapie et en psychanalyse selon Naranjo (1969), et dans la lutte contre la dépendance aux drogues selon Howard S. Lotsof. Le rôle de l'iboga dans les cérémonies d'initiation au Bwiti ont été étudiées par des ethnologues au Gabon. L'intoxication par l'iboga est caractérisées par quatre phases. Les trois premières sont essentiellement freudiennes tandis que la quatrième reflète l'inconscient collectif de la tribu et a quelques similitudes avec l'expérience de la mort prochaine (NDE). La méthode de Naranjo atteint seulement l'étape freudienne, tandis que celle de de H.S. Lotsof atteint un stade comparable à la quatrième phase (NDE).

En se référant à une récente évidence "neuroscientifique" concernant le mode d'action de l'ibogaïne, le "National Institute of Drug Abuse" (NIDA) a ajouté l'ibogaïne à la liste des drogues dont l'activité, dans le traitement de la dépendance aux stupéfiants, doit être examinée. L'ibogaïne bloque la stimulation de la dopamine mésolimbique et striatale, induite par la morphine et par la cocaïne, et réduit la self-administration intraveineuse de morphine chez le rat.

Note sur la structure de l'ibogaïne

Les investigations chimiques dans le but d'établir la structure de l'ibogaïne ont été entreprise par deux groupes de chercheurs: un groupe suisse dirigé par le Professeur E. Schlitter (Organische chemische Anstalt der Universität, Basel) et un groupe franco-suisse comprenant le Professeur V. Prelog, prix Nobel de Chimie (Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich), le Professeur M.M. Janot (Faculté de Pharmacie, Paris) et R. Goutarel.

La découverte de l'ibogamine, un alcaloïde non-oxygéné, structure de base des autres alcaloïdes de l'iboga, a été publiée, conjointement, par C.A. Burckhardt, R. Goutarel, M.M. Janot et E. Schlitter (Helv. Chim. Acta, 35, 1952, p. 642).8

En utilisant la fusion alcaline de l'ibogaïne, le groupe de Schlitter a isolé le 1, 2-diméthyl-3-éthyl-5-hydroxyindole (E. Schlitter, C.A. Burckhardt, E. Gellert, Die Kalischmelze des Alkaloides Ibogain, Helv. Chim. Acta, 36, 1953, p. 1337)53, tandis que le groupe franco-suisse (Structure de l'bogaine, R. Goutarel, M.M. Janot, F. Mathys et V. Prelog, C. R. Acad. Sci., 237, 1953, p. 1718)28 caractérisait la 3-méthyl-5-éthylpyridine.

La combinaison de ces résultats a conduit R. Goutarel à proposer, en 1954,27 une formule 1A qui incluait tous les éléments de la structure de l'ibogaïne; la structure définitive devait nécessairement comprendre un cinquième cycle formé par une liaison entre C-17 ou un atome de carbone de la chaîne éthyle et un autre carbone de la molécule (plus probablement C-16).

La formule définitive, 1B, a été établie par W.I. Taylor (M. Bartlett et al. , 1958)3 dans laquelle l'ibogaïne posséde une chaîne éthyle, selon l'étude des produits de deshydrogénation séléniée de cet alcaloïde.

W.I. Taylor appartint au groupe franco-suisse avant de rejoindre l'équipe du Professeur Schlitter dans les laboratoires Ciba-Geigy à Summit, New-Jersey et a contribué, en particulier, à l'étude de la cinchonamine et de la quinamine (R. Goutarel, V. Prelog and W.I. Taylor, Helv. Chim. Acta, 33, 1950, p. 150, 164).29

"La Recherche Clinique, celle qui porte directement sur l'Homme malade, sera porteuse de grands espoirs."

Philippe LAZAR, Directeur général de L'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale,Madame Figaro, n 14110, 88, (1990).

Historique (1864-1905)

Les recherches pharmacodynamiques et cliniques sur l'iboga et l'ibogaïne peuvent être divisées en quatre périodes.

Henri BAILLON ,qui créa le genre Tabernanthe H. Bn, au Museum, en 1889, et décrivit sous le nom de Tabernanthe iboga H. Bn, l'échantillon* rapporté du Gabon par le Dr. GRIFFON DU BELLAY, chirurgien de la Marine, écrit: "La racine de cette plante est la partie que les Gabonais mangent. Ils la disent enivrante, aphrodisiaque et, avec elle, ils prétendent qu'ils n'éprouvent aucun besoin de sommeil".1

Cependant, dès 1885, le père Henri NEU avait écrit dans un manuscrit "Le Gabon" (Neu, 1885) 45:

-"La plupart des Européens (vivant au Gabon) ont entendu parler de cette plante, employée dans les cérémonies du fétichisme. Les indigènes se servent de la racine d'iboga, râpée et infusée, comme d'un philtre puissant qui fait découvrir les choses cachées et prévoir l'avenir. Celui qui en boit, sombre dans un sommeil profond, pendant lequel il est obsédé de rêves continuels, qu'à son réveil, il prend pour des réalités"...

C'est en 1901 que DYBOWSKY et LANDRIN (1901)19 isolent des racines d'Iboga un alcaloïde cristallisé qu'ils nomment ibogaïne.

Applications thérapeutiques

La première étape des études pharmacodynamiques commence donc en 1901, avec PHISALIX (1901)46qui montre que chez le chien, cet alcaloïde agit principalement sur le SNC, et provoque une ivresse rappelant l'ivresse alcoolique, ce qui sera contredit plus tard.

Cette époque est caractérisée par les travaux des pharmacologues français, LAMBERT, 1901,32 1902,33 HECKEL, 190130 et POUCHET, 190547.

Le résultat fut que l'ibogaïne, utilisée en clinique, fut recommandée comme un stimulant, dans les cas d'atonie cardiaque et de neurasthénie, par POUCHET et CHEVALIER (1905)46.

Cette période se termine en 1905, par la thèse en médecine, "De l'Iboga et de l'ibogaïne" (de Clomesnil,1905),9 soutenue à Paris par Mme de CLOSMENIL, fille de LANDRIN, qui préconise l'utilisation du chlorhydrate d'ibogaïne, aux doses de 10 à 30 mg par jour, dans la convalescence, la neurasthénie et l'asthénie.

Ce sont donc les propriétés "défatigantes" de l'ibogaïne qui ont surtout retenu l'attention des chercheurs à cette époque et il faudra attendre près de 40 ans pour que l'étude de cet alcaloïde soit reprise.

Etudes Pharmacodynamiques (1939-1950)

En 1941, RAYMOND-HAMET51 publie une Note intitulée :"L'Iboga, drogue défatigante mal connue," dans laquelle il montre que l'ibogaïne augmente la sensibilité de l'animal à l'égard de l'adrénaline et met l'organisme en état d'hypersympathicotonie, ce qu'il appellera plus tard un "sympathicosthénique," à l'opposé des yohimbines qui sont pour lui des "sympathicolytiques."

A la même époque DELOURME-HOUDE prépare une thèse de Doctorat en Pharmacie remarquable, qui sera soutenue après la guerre, en 1944. Dans cette thèse, il discute des problèmes de l'iboga, en botanique, chimie, pharmacodynamie. Il isole un nouvel alcaloïde qu'il nomme tabernanthine (Delourme-Houdé, 1944)14 (R1=H, R2=OMe).

DELOURME-HOUDE a déterminé la toxicité de l'ibogaïne chez le cobaye dont la DL50 par voie intrapéritoneale est évaluée à 82 mg/kg.

RAYMOND-HAMET avait, en 1941, montré l'activité sympathicosthénique de l'ibogaïne, puis, que cet alcaloïde supprime les effets hypertenseurs produits par l'occlusion des carotides, qu'il augmente l'hypertension produite par la tyramine, et mit en évidence son action propre hypotensive, confirmée par Melle SERO (1944).58 Il montre que l'ibogaïne agit comme un véritable antagoniste des substances sympatholytiques (Raymond-Hamet, 1939-1946).50

VINCENT et Melle SERO, de Montpellier, démontrent l'action inhibitrice de l'iboga sur la cholinestérase du sérum (D. Vincent et I. Sero, 1942).60

Auparavant, en 1939, WURMAN (1939)61 avait publié une thèse de Doctorat en médecine, à Paris, intitulée "Contribution à l'étude expérimentale et thérapeutique d'un extrait de T. manii (syn. T. subsessilis), d'origine gabonaise.

Cet extrait devait renfermer environ 6 % d'alcaloïdes totaux dont 4 % d'ibogaïne d'après les dosages de RAYMOND-HAMET.

D'après WURMAN,61 cet extrait stimule l'hématopoïèse chez la souris et a une action hypotensive.

Applications thérapeutiques: Lambarène (1939-1970)

C'est à cette époque, en 1939, qu'apparut sur le marché francais une spécialité pharmaceutique, le Lambarène, en l'honneur du Dr SCHWEITZER, à base d'un extrait sec de racines de Tabernanthe manii, dosé à 0,20 g d'extrait par comprimé (soit env. 8 mg d'ibogaïne) dont l'action thérapeutique est celle d'un "stimulant neuro-musculaire, excitant les combustions cellulaires et effaçant la fatigue, indiqué en cas de dépression, asthénie, convalescence, maladies infectieuses, effort physique ou intellectuel anormal à fournir par un sujet sain. 2 à 4 comprimés par jour. Action rapide et prolongée non suivie de dépression. Peut être administré aux hypertendus."

Le fait qu'il fut recommandé en cas d'effort physique ou intellectuel à fournir par un sujet sain, intéressa rapidement les sportifs d'après-guerre (Paris-Strasbourg à la marche, alpinisme, cyclisme, cross, etc.).

Haroun TAZIEFF, célèbre géologue et vulcanologue français, directeur honoraire au CNRS, décrit ainsi l'expérience qu'il fit du Lambarène dans son livre: "Le gouffre de la Pierre St-Martin" (Arnaud Ed).

-"Vas-y, me dit André (médecin de l'expédition) ça te donnera des forces. Et avale aussi ceci, ajouta-t-il en me tendant un comprimé.

-Crois-tu qu'il faille déjà en prendre ? ne vaudrait-il pas mieux réserver ça pour les coups de pompe ?"

C'était du Lambarène, un excitant, un "dopant" qui devait nous permettre de trouver dans nos corps épuisés la force nécessaire.

-Non, vas-y, il faut prévenir les coups de pompe. Nous en prendrons d'autre tout-à-l'heure, régulièrement...

Nous avions avalé, à l'instant, notre troisième comprimé de Lambarène, et un effet tonique se faisait sentir.

Je me hâtais, dopé au Lambarène, sautant d'un bloc à l'autre avec une agilité retrouvée...

Je commençais, malgré le Lambarène, à ressentir durement la fatigue, j'avais de la peine à escalader les blocs énormes qu'il fallait redescendre ensuite aussitôt, pour attaquer le suivant, des crampes insidieuses rampaient dans la partie antérieure des cuisses. Pourvu qu'elles n'augmentent pas...

Je pris un nouveau Lambarène. Pendant qu'André escaladait l'échelle, je me massais les jambes. En dix minutes, tout était en ordre et je montais à mon tour sans difficulté...

Malgré le Lambarène que je venais d'avaler, je ne me sentais pas loquace du tout. Le temps coulait. L'eau aussi. Une heure passa, l'effet du Lambarène aussi...

Et, cette ultime journée, cette course effrénée à la découverte, ces six heures de descentes et de grimpées, à coups de Lambarène, cette journée ajoutée aux autres, terrible...

Seul, l'excitant nous avait permis de tenir. L'effet du dernier comprimé passé, n'en ayant pas d'autres, je ne fus qu'un lamentable paquet de viande misérablement pendu au bout d'un fil."

Le Lambarène disparut du marché vers 1966 et la vente de l'ibogaïne fut interdite.

Depuis 1989, cet alcaloïde fait partir des produits dopants interdits par le CIO, l'Union internationale du cyclisme et le Secrétariat d'Etat de la Jeunesse et des Sports.

Etudes Pharmacodynamiques (1939s-1950s)

La 3ème période se situe à l'époque de la découverte, en 1952, de la réserpine dans les Rauwolfias par SCHLITLER (J.M. Mueller, E. Schlitter, H.J. Bein, 1952)43 qui suscita un nouvel intérêt pour les plantes à alcaloïdes indoliques.

Les chimistes français se sont distingués dans ce domaine, en découvrant de nouveaux alcaloïdes indoliques, et en établissant leurs structures, mais je dois dire que les nouvelles recherches sur la pharmacodynamie de l'iboga furent surtout le fait de pharmacologues étrangers.

On trouvera un exposé de ces travaux dans la thèse de PhD, soutenue par DHAHIR (1971)16, et dans un article de J. DELOURME-HOUDE paru en 1977 dans Fitoterapia. (Gaignault, 1977) 21

La structure de l'ibogaïne en fait un dérivé de la sérotonine et une indoloazépine.26 C'est cette comparaison avec la sérotonine qui fait l'objet principal de la thèse de DHAHIR (1971).16

Dans sa thèse de PhD, au département de Pharmacologie et Toxicologie de l'Université d'Indiana en 1971,16 Dhahir a établi les toxicités aiguë et chronique de l'ibogaine

La DL50 intragastrique chez le Rat est de 327 mg/kg.

La DL50 intrapéritonéale chez le Rat est de 145 mg/kg.

La souris et le cobaye sont plus sensibles que le rat. La toxicité n'est pas altérée par ingestion de 1 g/kg d'éthanol. L'alcool fait disparaître le tremblement de l'animal ce qui est dû à son rôle dépresseur vis-à-vis du SNC, annulant les effets stimulants de l'ibogaïne.

L'ivresse du chien signalée en 1901 par PHISALIX n'est donc pas comparable à une ivresse alcoolique.

Des quantités d'alcool plus importantes (2 g/kg) augmentent légèrement la toxicité de l'ibogaïne.

Le sulfate d'atropine, aux doses de 1 à 2 mg/kg, ne change pas la toxicité de l'ibogaïne, mais fait disparaître l'ataxie, les tremblements et la plupart des signes externes d'intoxication.

L'étude de la toxicité chronique montre, qu'administrée, pendant 30 jours, à une dose de 10 mg/kg en IP, l'ibogaïne n'a causé aucun dommage au foie, aux reins, au cur et au cerveau.

L'administration de 40 mg/kg pendant 12 jours à 10 rats ne produit aucun dommage pathologique au foie et aux reins.

Ceci contraste avec la toxicité de la sérotonine, qui à des doses 4 fois moindres, produit de sérieux dommages aux reins: dilatation et dégénerescence tubulaires et présence d'éosinophiles.

L'ibogaïne apparaît donc comme un alcaloïde peu toxique, en particulier par voie orale, avec un large éventail thérapeutique, allant de 10 à 50 mg, comme antidépresseur sur l'homme et, nous le verrons plus tard, de 300 mg à 1 g, en ce qui concerne l'action onirique, les doses toxiques étant voisines de celles de l'aspirine et de la quinine.

SCHNEIDER et REINEHART (1957)54 analysent l'effet cardiovasculaire du chlorhydrate d'ibogaïne sur le chien et le chat, et montrent, qu'aux doses de 2 à 5 mg/kg, l'ibogaïne exerce des effets chronotrope et inotrope négatifs.

Le ralentissement du débit cardiaque est responsable de la chute de la tension. Ces effets sont annulés par l'atropine.

GERSHON et LANG (1962)22 suggèrent que le changement dans l'électrocardiogramme du chien conscient, indique que l'ibogaïne accentue l'arythmie sinusale et potentialise les effets du vague. Ils confirment ce qu'avait indiqué RAYMOND-HAMET: l'ibogaïne potentialise l'hypertension provoquée par l'adrénaline et la nor-adrénaline.

Ils font remarquer que l'activité chronotrope négative des alcaloïdes indoliques est augmentée par introduction d'un groupe méthoxyle sur le noyau indolique.

ZETLER et LESSAU (1972)62 synthétisent deux azépino-indoles et les comparent à 4 alcaloïdes indoliques. Ces composés ont des effets directs et non cholinergiques à actions chronotrope et inotrope négatives.

Des études neuropharmacologiques sont entreprises par SCHNEIDER et SIGG (1957)55 utilisant le cerveau isolé et l'encéphale isolé du chat, ainsi que des chats et des chiens curarisés.

L'électro-encéphalogramme montre un syndrome d'éveil typique lorsque 2 à 5 mg/kg de Chlorhydrate d'ibogaïne sont donnés en IV. Ils suggèrent que le point d'attaque de l'ibogaïne doit être dans la formation réticulée ascendante.

Le prétraitement par l'atropine (2mg/kg) bloque cet effet éveillant de l'ibogaïne. Il n'y a aucun effet sur la transmission neuromusculaire.

De nombreux chercheurs s'intéressent à la trémulation provoquée par certains alcaloïdes indoliques, l'ibogaïne en particulier. Ce tremblement est d'origine centrale et est supprimé par l'atropine.

D'autre part, SCHNEIDER explique l'effet potentialisateur de l'ibogaïne sur la morphine par son action inhibitrice de la cholinesterase (1956).56

Enfin, en 1972, dans une étude sur les effets de quelques drogues ayant une activité sur le SNC, capables d'interagir avec la cæruloplasmine, BARRAS et COULT (1972)2 indiquent qu'à une concentration égale à celle du substrat, l'ibogaïne inhibe 50 % de l'oxydation de la 5-hydroxytryptamine et catalyse l'oxydation de la nor-adrénaline (200%) par la globuline cuprique du plasma. Ils classent l'ibogaïne dans les hallucinogènes et notent que le LSD produit les mêmes effets à une concentration dix fois moindre.

Notons que NARANJO (1969)44 explique les propriétés défatigantes et antidépressives de l'ibogaïne en en faisant un inhibiteur de la monoamine oxydase, IMAO.

Ajoutons que, plus récemment, en France, WEPIERRE (1977)48 étudie l'influence de la tabernanthine, isomère de l'ibogaïne, sur les paramètres cinétiques de renouvellement de la nor-adrénaline cardiaque chez le rat en hypoxie. Cette hypoxie peut servir de modèle pour apprécier l'action protectrice de cette subtance contre la fatigue.

D'autre part, à Gif-sur-Yvette, dans le Laboratoire de Physiologie Nerveuse du CNRS, le Dr. NAQUET montre que la tabernanthine provoque, chez le chat, une veille calme et prolongée, très différente de celle provoquée par les amphétamines. (L. Da Costa, I. Sulklaper, R. Naquet, Rev. EEG Neurophysiol. (1980), 10, 1, p.105).11

Cette veille est suivie d'un sommeil à ondes lentes sans anomalies du sommeil paradoxal, période du rêve (L. Da Costa, 1980).12

1970-1990

Cette 3ème période dure environ 25 ans, mais il fallut attendre la 4ème période, qui va des années 70 à nos jours, pour que soit connue, d'une façon parfois clandestine, la nature des effets oniriques sur l'homme, de l'iboga et de l'ibogaïne, d'une part, par les études remarquables faites sur le terrain par les ethnologues du CNRS, O. GOLLNHOFER ET R. SILLANS et de l'ORSTOM, J. BINET, sur le Bwiti Mitsogho et son extension aux différents Bwitis des Fangs (O. Gollnhofer et R. Sillans)25,26,4 et d'autre part, les recherches faites au Chili par Claudio NARANJO (1969)44 et en Amérique du Nord par Howard LOTSOF( 1985, 1986, 1989, 1991).35-40

Les rituels gabonais de l'iboga;

Bwiti des Mitsogho

Le Bwiti original ou Bwiti des Mitsogho apparut chez les Mitsogho lorsqu'ils atteignirent le territoire qui est actuellement le Gabon. Dans les temps anciens, le Bwiti lui-même était un syncrétisme composé du culte des ancêtres, exalté par la découverte de l'iboga (peut-être révélé par les pygmées de la forêt équatoriale) et d'éléments culturels acquis au cours des migrations des Mitsogho.

Chez les Mitsogho (et les Bapinzi), le Bwiti est strictement réservé aux hommes, et les initiés sont considérés comme Maîtres et seuls gardiens du mystère de la connaissance visuelle de l'au-delà qui leur a été donnée par l'iboga, "l'arbre miraculeux".

Cette initiation est indispensable pour la promotion sociale à l'intérieur de la tribu et tout individu incapable de rejoindre le Bwiti est strictement banni et est considéré par tout un chacun comme une femme.

L'iboga apporte la preuve visuelle, tactile et auditive de l'existence irréfutable de l'au-delà. A travers sa substance spirituelle inaltérable, l'homme appartient aux deux plans de l'existence, qu'il confond, ne sachant pas où la naissance et la mort commencent. La mort physique perd toute signification parce que ce n'est rien d'autre qu'une nouvelle vie, une autre existence. "C'est l'iboga qui conditionne la pluralité des existences".

L'iboga supprime la notion de temps; le présent, le passé et le futur fusionnent, comme dans "l'univers superlumineux" de Régis et Brigitte Dutheil18: par l'absorption de l'iboga, l'homme retourne d'où il vient.

Pour être admis dans la société Bwiti, les candidats doivent subir une série d'épreuves ou rites de passage qui commencent dans un enclos strictement réservé aux initiés.

Chaque candidat a une "mère", qui est un vieil initié; c'est un homme qui s'assure que la cérémonie d'initiation est conduite selon les règles.

La cérémonie consiste essentiellement dans l'ingestion de raclures de racines d'iboga (Tabernanthe iboga H.Bn var. noke et mbassoka).

Cette "manducation de l'iboga" est supervisée par la "mère" qui vérifie, constamment, le dosage de la drogue suivant les réactions physiologiques du candidat, qui doit prendre une grande quantité d'écorces de racines et de tiges de T. iboga.

Cette manducation est précédée d'une abstinence sexuelle et alimentaire, durant une journée. Le rite est très strict et chaque manifestation a une grande valeur symbolique.

Sur un feu, les anciens font griller des graines de courge. Le bruit qu'elles font lorsqu'elles éclatent symbolisent le départ de l'esprit - qui est supposé quitter le corps par la fontanelle - pour son voyage mystique. Le crâne du candidat est frappé trois fois avec un marteau pour libérer son esprit.

La langue du néophyte est piquée avec une aiguille pour lui donner le pouvoir de relater les visions à venir.

Etant donné que la manducation peut durer plusieurs jours, la désincarnation et la réincarnation du néophyte sont symbolisées avant que les visions n'apparaissent.

Le candidat est conduit à la rivière, et une pirogue miniature faite d'une feuille, portant une torche de résine d'okoumé allumée, est posée sur l'eau. Ce rite représente le voyage de l'esprit, vers l'aval, le courant, vers l'ouest, le soleil couchant, la mort et symbolise la désincarnation.

Un pieu surmonté d'une structure en bois en forme de losange est planté au milieu du courant: il représente l'organe sexuel femelle, que le candidat doit traverser (à l'état ftal), à contre-courant, nageant alors vers l'amont, vers l'est, le soleil levant, la naissance.

Pour la proclamation de cette naissance initiatrice, la tête du néophyte est rasée et saupoudrée d'un bois rouge (padouk), comme il est fait avec les nouveaux-nés.

Finalement, dès que l'état physiologique du néophyte, après la manducation, est jugé satisfaisant, il est conduit dans le Temple où il est placé du côté gauche, qui symbolise la féminité, l'obscurité, la mort

Il reste dans le Temple, du côté gauche, absorbant des feuilles d'iboga, jusqu'à ce que la perception normative des visions se produise.

Pendant la manducation, les effets de la drogue commencent à se manifester, vingt minutes après la première absorption de l'iboga, par des vomissements violents et répétés. "Le ventre du néophyte (banzi) se vide même du lait de sa mère".

Pour aller dans l'au-delà, on doit mourir; le corps reste sur le sol avec les anciens, l'âme s'en va.

Les manifestations physiologiques commence par de la somnolence, suivie d'incoordination motrice, d'une forte agitation, de tremblements, de rires et de pleurs, d'anesthésie partielle avec hypothermie et hyperthermie intermittentes, un halètement qui peut aller jusqu'à la suffocation.

Pour estimer les progrès de l'intoxication et pour ajuster le dosage, les responsables prennent le pouls, écoutent les battements du cur, contrôlent la température, simplement en touchant le corps et en évaluant sa sensibilité en le piquant avec une aiguille à différents moments. Selon l'état physiologique, les "mères" augmentent ou diminuent les doses de temps en temps.

Les effets oniriques ne commencent pas à se manifester avant environ une dizaine d'heures, pendant lesquelles les rituels mentionnés précédemment prennent place, partiellement en public avec des danses et de la musique.

Chez les Mitsogho, les sujets sous l'influence de l'iboga doivent traverser quatre stades pour atteindre un contenu d'images correspondant aux normes requises. Les candidats sont constamment interrogés par les anciens initiés quant au contenu de ce qu'ils perçoivent. Ce sont les aînés qui jugent de la valeur initiatrice de la vision décrite.

La première vision consiste en images vagues, incohérentes, désordonnées, dépourvues de signification religieuse, dont l'authenticité est souvent mise en question par le néophyte.

Le second stade est caractérisé par une série d'apparitions d'espèces d'animaux menaçants qui quelquefois se séparent et d'autres fois fusionnent de nouveau rapidement.

Dans le troisième stade, la vision onirique progresse clairement vers le stéréotype mythique. Le néophyte devient de plus en plus calme, signe d'une vision plaisante et apaisante, qui dissipe ses doutes quant à l'objectivité et la positivité de l'image perçue.

Le néophyte se sent enveloppé par un souffle qui le transporte en un clin d'il, au son de la harpe Ngombi, vers un immense village sans commencement ni fin.

Nous devons dire un mot au sujet de la valeur symbolique de l'arc musical dont les sons mélodieux accompagnent la cérémonie. Il représente un lien entre le village des hommes, sur la terre et le village du père dans l'au-delà. L'arc musical symbolise la route de la vie et de la mort.

De l'autre côté, des voix sont entendues:" Qui cherches-tu , étranger?" et le voyageur répond:" Je cherche le Bwiti". Les voix prennent soudainement des formes humaines qui posent la question de nouveau et repondent alors en chur:" Tu cherches le Bwiti. Le Bwiti, c'est nous, tes ancêtres, nous constituons le Bwiti".

La vision tend à devenir de plus en plus normative. les initiés demandent alors au candidat:"Tu es sur la bonne voie, le Bwiti sera bientôt là. Continue; regarde et tu le trouveras. N'abandonne pas les images, reprend-les là où tu les as laissées."

Une voix donne au candidat son nom d'initié. Le néophyte est observé constamment par sa "mère" qui régule ses réactions physiologiques pour éviter que de terrifiants fantômes n'interfèrent, car ils pourraient le conduire sur le mauvais chemin, vers la route de la mort.

Le quatrième stade de la vision (celle à laquelle les ethnologues se réfèrent en tant que visions normatives) est celui marqué par la rencontre avec les plus hautes entités spirituelles.

Après un dialogue avec ses ancêtres, le néophyte trouve soudain "ses jambes immobilisées, devant deux Etres Extraordinaires"qui lui révèlent qu'il est dans le "Village du Bwiti" (village de la mort). Ils lui demandent pourquoi il est venu ici.

Après avoir entendu la réponse du néophyte, les "Etres Fantastiques" parlent de nouveau. Le premier dit: "Mon nom est Nzamba-Kana, le père du genre humain, le premier homme sur la terre" et celui qui se tient à sa gauche dit: "Mon nom est Disumba, la mère du genre humain (femme de Nzamba-Kana) et la première femme sur la terre."

Soudain, le "Village de la Mort" est couvert d'étincelles augmentant d'intensité, une "boule de feu" prend forme et devient distincte (Kombé, le soleil). Cette boule de lumière interroge le visiteur sur les raisons de son voyage. "Sais-tu qui je suis? Je suis le Chef du monde, je suis le point essentiel." Celle-ci est ma femme Ngondi (la lune), et eux sont mes enfants (Minanga,les étoiles). Le Bwiti est tout ce que tu as vu de tes propres yeux.

Après ce dialogue, la lune et le soleil se transforment en une très belle fille et un très beau garçon

Sans aucun avertissement, la lune et le soleil retrouvent leur forme originelle et disparaissent. Le tonnerre (Ngadi) est entendu et le calme revient partout.

Les aînés le saluent avec fierté; ".Il a vu le Bwiti de ses propres yeux" et l'invitent à prendre place sur le côté droit du Temple, le côté des hommes et de la vie.

Le candidat est devenu un initié en découvrant le Bwiti à travers une autre réalité, celle de l'autre vie, où l'on accéde à la fois par la mort physique et par la mort initiatrice.

A travers le rêve éveillé, il entrevoit, dans le présent, le passé et le futur, son propre être, humain, immuable dans son essence spirituelle et vivant sur deux plans d'existence.

Cependant, après les rites de passage, le nouveau membre doit être isolé du monde extérieur pendant une période d'une à trois semaines. Pendant ce temps, ses repas seront préparés et servis par une jeune femme qui a récemment enfanté, parce qu'il est considéré comme un nouveau né.

L'initié a vu, il sait, il croit, mais comme tout Mitsogho, il ne fera ce voyage que deux fois,: pendant l'initiation et le jour de sa mort. Il est hors de question pour lui, de prendre de nouveau de l'iboga dans les mêmes conditions.

Dorénavant, la plante sacrée sera seulement utilisée avec parcimonie pour "réchauffer le cur" et pour l'aider "dans les efforts physiques ou les discussions."

Nous pouvons apprendre plusieurs choses de cette étude du Bwiti Mitsogho

En premier lieu, il y a quelques similarités frappantes entre l'initiation au Bwiti et les rites d'initiation franc-maçonniques. Le résultat final est le même, la connaissance du mystère de l'au-delà, que les maçons appellent le "sublime secret". L'initiation franc-maçonnique est précédée par la retraite du candidat pendant laquelle il est assistée par quelqu'un qui a déjà été initié. Ce dernier lui communiquera, alors qu'il le fait passer à travers une porte étroite, que l'initiation est une nouvelle naissance.

Mais le plus étonnant dans le rituel maçonnique, sont les trois coups sur la tête avec un maillet, en souvenir de l'assassinat d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon, par trois de ses compagnons à qui il avait refusé de révéler le "sublime secret". La seule différence entre les maçons et les adeptes du Bwiti est que ces derniers ont la certitude de connaître ce secret.

L'initiation au Bwiti, chez les Mitsogho, concerne essentiellement le passage de l'adolescence à l'âge adulte, devant la nécessité d'éliminer les éléments épigénétiques de l'enfance et de l'adolescence, afin de reprogrammer dans le jeune homme un nouvel ego correspondant aux normes culturelles de la tribu.

Dans ce but, les Mitsogho font appel à la privation instrumentale du sommeil, l'initiation durant plusieurs jours, sans sommeil et sans nourriture, aussi bien qu' à la privation pharmacologique par la manducation de l'iboga.

Le résultat est un rêve éveillé, sans manifestations psychotiques, pendant lequel le sujet reste parfaitement conscient et peut communiquer avec ceux qui l'entourent, étant à la fois acteur et spectateur de ses propres visions.

Ce qui est remarquable est le fait que l'intoxication par l'iboga est très graduelle, ce qui rend possible l'observation de plusieurs stades durant ces visions.

Les ethnologues ont pu suivre sur le terrain la progression de cette intoxication et distinguer quatre stades caractéristiques pendant cette intoxication.

Dans les trois premièrs stades, les visions correspondent à ce que les psychanalystes appellent le monde souterrain de Freud.

La quatrième étape est considérée par les ethnologues comme étant celle des visions normatives correspondant à l'image collective et culturelle de la tribu (cf. Jung).

Tandis que dans le rituel Bwiti, nous n'avons pas manqué de rapporter certaines similitudes entre l'initiation au Bwiti et l'initiation franc-maçonnique, nous sommes également conduits à tirer des analogies entre certains aspects de la vision résultant de l'absorption de l'iboga et ce que certaines personnes voient au moment de la mort clinique. Nous discuterons de cet aspect dans les conclusions

Le néophyte aura à affronter la mort initiatrice (ou réelle) qui le rendra capable d'accéder aux choses de l'au-delà.

Il peut réaliser cela seulement s'il a été correctement préparé et surtout si sa motivation est suffisante.

Pour diverses raisons - pauvre préparation, motivation inadéquate, peur, psychose, névrose - certains sujets sont incapables de dépasser cette phase critique. Ils deviennent la proie de génies diaboliques qui les détournent vers la route de la mort.

Les aînés décident alors d'arrêter l'initiation au moyen d'un antidote dont la composition n'est pas connue. On peut noter que l'atropine (un antagoniste de l'acétylcholine) supprime tous les signes de l'intoxication par l'ibogaine aussi bien l'état d'éveil que les activités inotropes.

L'Ombudi (ou Ombwiri, chez les Fang) est un ordre initiatique réservé aux femmes qui sont des thérapeutes chez les Mitsogho et les Fang.

Les femmes prennent l'iboga en plus petites quantités que celles prise au cours de l'initiation au Bwiti. Dans leur cas, elles ne vont pas au-delà de la troisième étape ( freudienne), pendant laquelle des génies, bons ou mauvais, communiquent aux femmes qu'ils possèdent les causes de l'affliction ou de la maladie pour lesquelles elles sont consultées.

Bwiti des Fang

(O. Gollnhofer et R. Sillans, 1985; O. Gollnhofer et R. Sillans, 1983; J. Binet, O. Gollnhofer et R. Sillans, 1972)25,26,4

Le long des régions côtières du Gabon, le Bwiti a commencé à être connu des Fang à l'époque des explorations de Savorgnan de Brazza, mais selon une lettre de Lucien Meyo, secrétaire du Prophète Ekang Nwa, "c'est en 1908, que les Itsogho et les Bapinzi arrivèrent au Gabon, c'est-à-dire dans l'estuaire de Libreville. C'est là qu'ils apprirent aux Fang à manger "l'iboga par la racine". Avant cette période, les Fang utilisaient les feuilles d'iboga et d'alan (Alchornea floribunda, une euphorbiacée de laquelle Mme F. Khuong-Huu30 a isolé un nouvel alcaloïde, l'archornéine), mais seules les effets des racines d'boga produisent finalement les visions du Bwiti.

Le Bwiti des Fang, à la différence des Mitsogho, accepte les femmes comme membres, mais tous, quelque soit le sexe, ne sont admis qu'après avoir pris de l'iboga.

La racine d'iboga est absorbée, non seulement sous forme de fines raclures, mais aussi dans une préparation faite de jus de canne ou de sucre, de vin de palme ou de lait. Tandis que l'extraction des racines d'iboga est réservée aux hommes, les "préparations galéniques" sont faites par les femmes et sont dites "express" ou "automatiques".

De telles préparations, qui réduisent l'amertume et préviennent partiellement les vomissements, permettent d'atteindre la phase normative plus rapidement.

Pendant les rites de passage, les caractères essentiels des rites Mitsogho sont préservés et le langage rituel est Mitsogho.

Cependant, la "mère" est une femme, quelquefois accompagnée de son mari, qui devient le "père".

Une grande importance est donnée à la retraite et à la confession qui précèdent l'initiation.

La notion de pureté est une obsession de la mentalité Fang, et la manducation est perçue comme une épreuve qui sert à expier (en vomissant) les fautes qui ont été commises.

Le Bwiti Fang est actuellement le résultat d'une adaptation du Bwiti originel au culte des ancêtres traditionnel (Byeri), avec l'intégration d'éléments et de concepts chrétiens.

Il en résulte que le Bwiti Fang n'est pas uniforme et est structuré en plusieurs branches qui sont indépendantes les unes des autres et au milieu desquelles des mouvements "prophétiques et messianiques" fleurissent.

Selon Michel Fromaget (1986)19, Président du département de Psychologie de l'Université de Libreville de 1981 à 1983, il y a deux sortes de Bwiti au Gabon.

1- Le Bwiti des Mitsogho, qui a été préservé dans une forme très sobre et très proche du modèle originel, le Bwiti initial ou Bwiti Disumba, du nom de la première femme, qui a deux variantes:

- Le Bwiti Mitsogho des nganga-a-misoko, prophètes et sorciers devins, thérapeutes éminents, qui pratiquent la guérison psychosomatique et une sorte de psychanalyse.

- Le Bwiti N'Dea, un culte de sorciers, une déviation du Bwiti Mitsogho avec des sacrifices humains et du cannibalisme, dont le but final est magique, l'acquisition de pouvoirs surnaturels.

2- Le Bwiti Fang, connu des Fang à une date ultérieure, qui est un étonnant syncrétisme de Christianisme et d'animisme.

Bureau (1972)7 mentionne douze subdivisions du Bwiti Fang. C'est pourquoi, nous devons renoncer à toute idée d'étudier le Bwiti Fang comme une entité uniforme et homogène, et il serait illusoire et inexact de rechercher une "vision normative Fang" comparable à celle du Bwiti Mitsogho.

C'est pourquoi, à l'intérieur d'une communauté dans laquelle l'initiation doit prendre place, tout dépend des relations qui sont acceptées dans cette communauté, entre le culte des ancêtres (représentés par leurs crânes), le Bwiti originel et le Christianisme.

Si nous comparons, en termes larges, le Bwiti Fang et le Bwiti originel, nous trouvons des similitudes frappantes entre les contenus des visions. Seuls le décor, les visages ou les personnes représentées diffèrent. Ces dernières sont des entités dérivées du Christianisme et peuvent apparaître en nombre illimité.

Cependant, ce serait une erreur de croire que le Bwiti Fang s'est complètement démarqué du Bwiti originel et de la culture ancestrale des Fang. Les éléments y sont mais ne sont pas très apparents. Cependant, ils peuvent apparaître si nous connaissons la connection entre les visages qui sont reconnus et ceux qui sont cachés derrière eux.

Une figure religieuse chrétienne peut incarner en même temps plusieurs entités spirituelles Fang, et vice-versa.

Durant les rites de passage, nous trouvons les mêmes effets psychophysiologiques que ceux observés chez les Mitsogho.

Après une longue série de périodes, pendant son ascension mystique, le sujet sous l'influence de l'iboga, à son apogée, se sent comme "transporté par le vent" vers l'au-delà devant la maison du Christ et de Dieu. Il est guidé vers cet endroit par ses ancêtres au son de la harpe.

Un voix lui donne son nom initiatique et lui dit combien d'argent il aura à payer pour son initiation.

Pendant son voyage, il voit plusieurs saints, Noé, des prêtres dans leur soutane. Le Christ ,dans des vêtements d'or, interroge l'étranger sur les raisons de sa visite. Et le néophyte répond: "Je cherche, je désire voir le Seigneur Jésus Christ". "Je suis celui que vous cherchez", répond le Christ.

D'un néophyte à l'autre, le contenu de la narration décrit des rencontres avec le Christ dans un autre décor.

Le sujet traverse d'abord "un purgatoire, où l'homme souffre" puis le paradis avec ses sept niveaux où glissent des anges. Sur le niveau supérieur, le voyageur voit un homme portant une croix, et plus loin la barbe de Dieu le Père.

Dans d'autres visions, la Vierge Marie, Adam et Lucifer apparaissent

Le dialogue est pratiquement identique dans chaque vision à celui rapporté chez les Mitsogho.

Dans ce syncrétisme, Ngyingon (principe femelle, femme du premier homme, appelée Disumba chez les Mitsogho) est assimilée à la fois à Eve et à la Vierge Marie.

Quant à Nzame, le principe mâle, le premier homme, ou Nzamba-Kana chez les Mitsogho, il est représenté par Jésus-Christ.

Pour certains prophètes, Adam et Jésus-Christ personnifient "l'Etre Suprême" qui n'est jamais perçu dans les visions Mitsogho.

Lucifer, le serpent-arc-en-ciel, est présent dans la vision Fang. Il représente le diable, qui est Evus, une notion bien connue des Fang.

Pendant leur vie, les Fang peuvent faire plusieurs voyages dans les conditions rituelles du Bwiti, leur permettant de confirmer la réalité de leurs visions. Les initiés peuvent aussi appartenir à la société dite de possession Ombwiri ( réservée aux femmes et appelée Ombudi chez les Mitsogho). Cette société, qui joue un grand rôle dans le diagnostic médical, est caractérisée par la vision, sous l'influence de l'iboga, de génies, qui au cours de séances divinatoires publiques révéleront la nature de l'affliction dont souffre le patient venu consulter.

Dans l'Ombwiri, nous pouvons noter quelque similitude avec le Vaudou des Caraïbes et d'Amérique du Sud.

Chez les Mitsogho, la vision normative est celle de toute la tribu et correspond chez les initiés à la connaissance enregistrée oralement depuis leur enfance à l'intérieur de la tribu.

Chez les Fang, nous observons de nombreuses différences à cause des changements et des transpositions qui peuvent avoir pris place dans l'expérience initiatrice, sous l'influence du christianisme, de la compétition entre les mouvements prophétiques et messianiques plus ou moins orthodoxes et de la perte de la notion tribale.

Quelques blancs, la plupart des Français, ont volontairement fait l'expérience de la manducation de l'iboga. Un petit nombre d'entre eux ont pu être interviewés. Une étude de l'interprétation de ces interviews progresse actuellement (O. Gollnhofer et R. Sillans).

L'ibogaine en psychothérapie: psychanalyse selon Naranjo

Claudio NARANJO est un médecin psychothérapeute chilien qui publia, alors qu'il était en stage à l'Institute of Personality and Research, University of California, Berkeley, en 1969, un remarquable rapport intitulé "Psychothérapeutic Possibilities of new fantasy-enhancing Drugs, " dans Clinical Toxicology (C. Naranjo, 1969).44

Naranjo, dans ce rapport, traite de l'action thérapeutique, à doses dites subtoxiques, de deux alcaloïdes, l'harmaline et l'ibogaïne.

C'est en 1969 que C. NARANJO écrivit : "Le manque d'étude systématique de ces drogues (l'harmaline et l'ibogaïne) fit que du simple point de vue de la chimiothérapie, elles furent considérées comme toxiques à une certaine dose.

Or ce sont les phénomènes d'intoxication de l'harmaline et de l'ibogaïne qui présentent le plus grand intérêt du point de vue de l'exploration psychologique et de la psychothérapie."

L'harmaline, a été isolée en 1841 par GOEBEL,24 des graines d'une Malpighiacée, Peganum harmala. Elle a également été extraite d'une autre Malpighiacée sud-américaine, Banisteriopsis caapi ou yagé.

L'écorce de yagé est le principal ingrédient de la boisson utilisée par les Indiens de la région des sources de l'Amazone, en connection avec certains rites et procédés de divination, et, il est connu, d'après des recherches faites à l'Université du Chili, que cette drogue fut le centre de la culture de différentes tribus indiennes dès le paléolithique.

Les effets de l'harmaline et de l'ibogaïne sont pratiquement uniques parmi les drogues psychoactives.

Le meilleur terme pour décrire ces effets est celui de William TURNER, spécialiste du yagé, d'onirophrénie, pour désigner les états, induits par les drogues, qui diffèrent des états psychomimétiques par l'absence de tout symptôme psychotique et, cependant, partagent, avec l'expérience psychotique ou psychomimétique, la prééminence d'un processus primaire de pensée.

L'harmaline et l'ibogaïne sont caractérisés, dans leurs effets psychologiques, par un état tel, qu'il s'agit d'un phénomène de rêve sans perte de conscience ni de changement dans la perception de l'environnement, ni d'illusions ou d'altération formelle de la pensée et sans dépersonnalisation.

En bref, l'on peut parler d'une exaltation des fantasmes, remarquable en ce sens qu'elle n'interfère pas avec l'ego.

De tels fantasmes ressemblent plus à des visions réelles qu'à d'ordinaires rêves quotidiens.

Dans une étude sur les effets psychologiques de l'harmaline, menée au Chili en 1963-64, avec d'autres médecins chiliens et des thérapeutes traditionnels indiens, NARANJO note qu'un des aspects les plus remarquables du fantasme est sa grande constance.

Ces thèmes ou images évoqués sont en majeure partie des archétypes, tels que JUNG les a définis, qui sont des souvenirs anciens, généralement communs à tous les humains et enfouis dans leur mémoire collective.

Citons VOLTAIRE : "Le monde, suivant Platon, était composé d' idées archétypes qui demeuraient toujours au fond du cerveau."

NARANJO distingue deux sortes d'archétypes :

-Le style mythique semblable au rêve d'un trésor perdu, d'un bon vieillard, d'une femme idéale, d'une sainte, d'une communauté idéale et de diverses pensées dites nobles etc.

-Le style instinctif tel qu'il peut être dans un fantasme avec agression, sexe, scènes sanglantes de toute sorte, inceste ou autre.

Ces séquences de rêve éveillé sont, en leur spontanéité, plus extrêmes que toute autre rapportée par les patients sur leurs rêves habituels et ne ressemblent pas aux visions sous mescaline ou LSD. En fait, les effets des deux types de drogues semblent se situer en opposition polaire, ceux des hallucinogènes communs étant un domaine élevé et angélique de sensations esthétiques, de manque d'union avec toute chose, alors que le domaine des onirophréniques est celui du monde souterrain de FREUD d'impulsion animale et de régression.

Naranjo donne quelques exemples de sujets traités avec succès avec l'harmaline à des doses de 4-5 mg/Kg par voie orale (environ 300mg).

Sur l'ibogaïne, NARANJO dit qu'il en sait moins que sur l'harmaline au sujet de l'utilisation de l'iboga par les Gabonais et les Congolais. Il ignore le Bwiti et ne connaît apparemment pas la structure de l'ibogaïne.

Il sait que la drogue a été utilisée en pharmacopée européenne pour ses vertus défatigantes à faible dose, ce qui d'après lui, est dû au fait qu'il s'agit d'un IMAO.

Comme pour l'harmaline, NARANJO utilise l'ibogaïne aux doses de 4 à 5 mg/kg par voie orale et le quart en IV, et décrit des réactions subjectives durant environ 6 heures.

Comparés aux effets de l'harmaline, ceux de l'ibogaïne apparaissent moins exotiques.

Bien que les contenus archétypiques soient communs - les visions d'animaux étant fréquentes - la qualité du fantasme est, en général, plus personnelle, concernant le sujet lui-même, ses parents et d'autres personnes significatives.

En même temps, le fantasme évoqué par l'ibogaïne est plus facile à manipuler par les sujets, sur leur propre initiative ou celle du psychothérapeute, si bien que, plus souvent qu'avec d'autres drogues, ils peuvent s'arrêter pour contempler une scène, revenir en arrière, explorer une alternative dans une séquence donnée, faire revivre une scène précédente etc.

Cette facilité avec laquelle les évènements d'un traitement avec l'ibogaïne peuvent être manipulés et le fait que l'expérience peut être dirigée dans le domaine désiré est probablement une des raisons du succès observé par de nombreux psychothérapeutes utilisant cette drogue.

NARANJO a été beaucoup plus impressionné par les effets obtenus dans une séance "ibogaïne" qu'avec ceux observés avec n'importe quelle autre drogue.

Un exemple montre bien la facilité avec laquelle le psychothérapeute est à même de diriger son analyse :

Il s'agit d'un jeune psychotique qui, traité par l'ibogaïne, décide de s'allonger et de fermer les yeux, peu après avoir ressenti les effets de la drogue :

-"Il voit d'abord la figure de son père, en face de lui comme dans un jeu, avec un sourire contenu. Son commentaire, à ce point, est que son père lui apparaît comme un jeune garçon. C'était comme quelqu'un de non familier, mais cependant familier, quelque chose que le patient aurait oublié depuis de nombreuses années.

Soudain, la figure de son père change, dans une contraction rageuse. La scène évolue et le patient voit une femme nue, cachant sa figure derrière son bras et ayant peur.

Tout près, il voit son père, nu lui aussi, se jetant sur la femme dans une attaque sexuelle. Il ressent une rage contrôlée chez la femme qu'il identifie maintenant à sa mère."

A cet instant, NARANJO demande au sujet de faire parler son père et sa mère entre eux, avec l'intention d'éloigner le contenu latent de ces images : -"Que dit-elle?"; -"Go away"; -"Que ressent-il?". Il ne peut imaginer cela. -"Je reste perplexe," suggère-t-il.

NARANJO choisit alors une autre direction pour rendre les sensations éprouvées par le sujet plus conscientes et explicites.

-"Soyez maintenant votre père. Devenez lui, au mieux de vos possibilités dramatiques et écoutez ce qu'il vous dit."

Alors, personnalisant son père, le patient tombe, non pas dans la perplexité, mais dans une grande tristesse, souffrant et rejetant son angoisse.

Peu après cet épisode, il s'opéra un changement drastique dans la vue que le sujet avait de ses parents, et, en conséquence, dans les sentiments qu'il leur portait.

Le jour suivant, il commenta que, seulement maintenant, il savait combien il s'était identifié à sa mère, regardant les choses avec les yeux de celle-ci, blâmant son père et plus que celà, un homme, ce qui avait interféré avec ses propres revendications masculines.

Contrastant avec son habituelle idéalisation de sa mère dans un total amour et la perception de son père comme une brute égoïste, il eut alors le sentiment de les connaître tels qu'ils sont.

Il écrivit: "j'ai vu ma mère comme une personne dure, sans affection ni peur et je ne regarde plus mon père comme un être insensible qui l'avait heurtée dans ses affaires d'amour, mais comme quelqu'un qui désire ouvrir la porte de son amour sans y parvenir. Maintenant, je suis plein de compassion pour ma mère."

Comparé à la qualité dramatique des expériences psychédéliques, cet épisode peut apparaître insignifiant ou trivial et cependant, il fut la clef d'un changement radical dans les attitudes du jeune patient.

Cela peut être dit des expériences avec l'ibogaïne en général, lorsque l'on compare ses effets avec ceux du L.S.D.

Le type de contact qui est concerné par le matériel inconscient est ici, symbolique (plutôt qu'affectant la forme d'une émotion flottant librement comme avec le L.S.D.) et peut dorénavant être assimilé sous la forme de signes durables.

De tels signes arrivent, en général, quand un fantasme ou une hypothèse qui étaient inconscients se révèlent conscients avec une clarté telle que le moi d'une personne mature ne peut que s'apercevoir de son ancienne erreur profondément enracinée.

Pour conclure, NARANJO écrit :

-"Je ne voudrais pas donner l'impression que je regarde l'ibogaïne comme une panacée psychiatrique qui apporte les changements par elle-même. Je crois que de nombreuses drogues peuvent être utilisées en vue d'une exploration psychologique, mais que ces drogues ne peuvent être qu'un instrument.

Je doute qu'il y ait quelque chose qui puisse être achevé par une drogue, qu'il ne soit possible de faire sans elle.

Cependant les drogues peuvent être des catalyseurs psychologiques permettant de comprimer un procédé psychothérapique fort long en un temps plus court et en modifier le pronostic.

Si l'ibogaïne ne peut pas ouvrir une porte par elle-même, elle peut être considérée comme l'huile de ses gonds."

Au moment de la publication de son important rapport sur les drogues exaltant les fantasmes, en Juin 1969, C. NARANJO, allié à un Français, D.P.M. BOCHER, obtenait un brevet spécial de médicament en France suite à une demande faite le 31 Janvier 1968 et délivré le 31 Juillet 1969 concernant un

"Nouveau médicament agissant au niveau du système nerveux central, utilisable dans les traitements psychothérapiques et comme antidrogue" (D.P. Bocher,.C. Naranjo, 1969).5

Le médicament était composé des alcaloïdes totaux des racines de Tabernanthe iboga, associé à une amphétamine dans une proportion variant en fonction du comportement du patient.

Parmi les 50 cas étudiés en psychiatrie, NARANJO en décrit 4 à l'appui de sa demande concernant un "médicament atoxique qui clarifie les idées et permet une introspection très poussée en conservant au malade le caractère émotionnel indispensable à la stimulation de la pensée et de l'imagination."

Cependant, à la même époque, à la suite des Résolutions de l'Assemblée Mondiale de la Santé de Mai 1967 et Mai 1968, le Gouvernement Fédéral américain classait l'ibogaïne dans F.D.A., parmi les substances analogues aux lysergides et à certains stimulants du S.N.C.

-"Considérant que, dans l'intérêt de la Santé Publique, il convient d'appliquer certaines des dispositions règlementaires relatives à la fabrication, au transport, à la détention, à la vente et à la mise en vente, à la délivrance et à l'acquisition à titre onéreux ou à titre gratuit des substances soporifiques et stupéfiantes, à certaines substances et préparations susceptibles d'engendrer une pharmacodépendance ou de porter atteinte à la santé de l'homme."

Ce règlement est applicable aux substances suivantes, à leurs isomères, sauf exception expresse, à leurs sels, éthers et esters, ainsi qu'aux sels de ces éthers et esters dans tous les cas où ces sels peuvent exister.

La liste de ces substances comprend: les amphétamines, l'ibogaïne, les composés et dérivés de l'acide lysergique, les amides des acides lysergiques et autres dérivés, le peyotl et la mescaline (l'harmaline n'est pas citée), les champignons hallucinogènes, la psilocybine et les dérivés de la diméthyl-tryptamine, 4-OH-DMT et 5-OH-DMT.

Nous reviendrons plus tard sur ce décret qui fut applicable dès 1970 dans plusieurs pays d'Europe, la France et la Belgique en particulier.

Toujours est-il qu'en France et en Belgique on n'entendit plus parler de l'ibogaïne et que la vente du Lambarène fut supprimée.

L'ibogaine pour combattre la dépendance aux drogues selon Howard Lotsof35, 36, 37, 38, 39, 40

Au début des années 1960, un jeune américain Howard LOTSOF, au cours d'une drogue-partie avec quelques amis, proposa à six d'entre eux l'essai d'une dose unique - environ 500mg - d'ibogaïne.

Bien que l'intérêt pour l'ibogaine puisse avoir démarré avec cette drogue-partie, étant donnés les effets particuliers de l'ibogaïne, il devint rapidement évident qu'elle n'était pas une substance appropriée pour de telles séances. Il s'en suivit une période de tâtonnements de six mois pour établir que la dose efficace d'ibogaine était de l'ordre de 1 mg/Kg à 19 mg/Kg, à la fois chez les sujets toxicomanes ou non toxicomanes.

Cinq d'entre eux abandonnèrent complètement l'usage des drogues pendant au moins six mois, autant qu'il fut possible de les suivre.

Quant au jeune LOTSOF, définitivement guéri, il construisit sa vie et bien qu'il ne fut ni médecin, ni psychologue, il rêva ("I had a dream," me dit-il la première fois que nous nous rencontrâmes, paraphrasant le pasteur Luther KING), il rêva d'être celui qui contribuerait à la guérison des toxicomanes en leur faisant connaître l'ibogaïne.

H. LOTSOF rassembla toute la documentation accessible sur l'iboga et l'ibogaïne et, en bon américain et homme d'affaires, créa une Société, NDA international, ayant pour but, d'une part une mission humanitaire, d'autre part, la commercialisation d'une spécialité pharmaceutique, Endabuse, composée de gélules de chlorhydrate d'ibogaïne.

En 1985, H. LOTSOF prit un brevet aux Etats-Unis : Rapid method for interrupting the narcotic addiction syndrome (H. Lotsof, 1985)39 suivi d'un autre en 1986 : Rapid method for interrupting the cocaïne and amphetamine addiction syndrome (H. Lotsof, 1986)38 puis en 1989 et en 1991, de deux autres brevets: Rapid method for attenuating the alcohol dependency syndrome. (H. Lotsof, 1989)37 et en 1991 pour " Rapid method for interrupting or attenuating the nicotine/tobacco dependency syndrome. (H. Lotsof, 1991).40

L'interruption du syndrôme de dépendance à l'héroïne a été obtenue chez 5 sujets sur 7 parmi ceux décrits dans le 1er brevet.

Un traitement unique par l'ibogaïne ou le chlorhydrate d'ibogaïne administrés par voie orale à une posologie allant de 6 mg/kg à 19 mg/kg a permis d'interrompre pendant au moins 6 mois l'usage de l'héroïne.

La durée du traitement est d'environ 30 heures, l'ibogaïne exerçant un effet stimulant pendant cette période. Un processus abréactif intervient au cours du traitement mais ne devient évident qu'au réveil d'un sommeil naturel qui se produit chez le malade après la diminution des effets primaires et secondaires de l'ibogaïne.

Les toxicomanes n'ont plus envie de prendre de l'héroïne et ne présentent pas de signes perceptibles de privation physique.Les sujets sont détendus et s'expriment de façon cohérente. Ils font preuve de sentiments de confiance en soi.

LOTSOF expose les effets de l'administration de l'ibogaïne par voie orale et divise ces effets en 3 stades, comparables aux quatre stades du Bwiti Mitsogho décrits par O. GOLLNHOFER.

Ces trois stades sont parfaitements décrits dans l'interview faite, par le journaliste Max CANTOR,36 d'un sujet, âgé de 44 ans et cocaïnomane depuis plus de huit ans, traité selon le procédé LOTSOF.

1er stade: 15 à 20 min. après le début du traitement, diminution de la sensibilité cutanée avec bourdonnements d'oreilles et oscillations sonores. Les objets semblent vibrer de façon intense.

Les premières visions apparaissent après une heure. Subitement, sur les murs, apparaît un écran sur lequel le sujet voit défiler des images qui peuvent être des archétypes, animaux plus ou moins déformés, abîme éclairé d'une lumière fulgurante etc., ou des épisodes plus personnels ayant trait soit à l'enfance, soit à des événements plus récents.

Le sujet peut interroger les personnages, s'identifier à l'un d'eux, être en même temps spectateur et acteur. Il a la vision d'un film sur son subconscient et sur ses souvenirs refoulés. Il regarde ce qui est à l'intérieur de soi.

2ème stade : 5 à 10 h. après, les visions cessent et la sensibilité cutanée commence à réapparaître. Ce stade est marqué par une énergie singulière, qui dure de 5 à 8 heures, pendant lesquelles le sujet voit des éclairs qui dansent autour de lui. Puis vient la période que le sujet appelle celle des questions-réponses. Il analyse les visions dont il a conservé la mémoire, cherche une interprétation et peut communiquer avec son entourage.

L'ibogaïne lui montre où se trouve son problème. Il a l'impression d'une remise à zéro. Tout s'efface, tout devient clair et net. Il sait à quel moment sa vie a mal tourné et ce qu'il doit faire pour regagner la bonne route.

Cette période des questions-réponses peut durer 20 heures, pendant lesquelles le sujet reste sous la surveillance d'un médecin.

3ème stade : Le sujet s'endort pendant deux heures et se réveillera en pleine forme, avec une nouvelle confiance en soi, n'éprouvant plus le besoin d'aucune drogue.

M. LOTSOF, qui nous a connus, O. GOLLNHOFER, P. POTIER (membre de l'Académie des Sciences, Professeur au Museum d'Histoire Naturelle de Paris, Directeur de l'Institut de Chimie des Substances Naturelles, C.N.R.S., Gif-sur-Yvette 91190 Essonne, France) et moi-même, grâce à sa documentation bibliographique, est venu en France et nous a contactés.

Nous avons pu avoir quelques rendez-vous, avec M. LOTSOF, au Ministère de la Santé, Mme BARZACH étant Ministre. Nous devons dire que nous avons été reçus avec courtoisie et quelque scepticisme. Et puis les Ministres passent...

Notre impression était que les personnes consultées, toujours sous l'impression des échecs du LSD, ont eu constamment peur d'une bavure dont on les aurait tenus responsables.

Et pourtant, à la même époque, dans le Figaro Magazine du 14 Février 1987, on trouvait une enquête sur un traitement de choc administré par les moines bouddhistes du Monastère de Tham Krabok en Thaïlande qui resssemble à s'y méprendre à ce que l'on observe lors de la manducation de l'iboga.

Une séquence spectaculaire présentée à Mme BARZACH et reproduite par la télévision, lors de l'émission 7/7 de Mme SINCLAIR, était celle des vomissements des patients qui, d'après le présentateur, devaient évacuer les poisons qu'ils avaient en eux. Malheureusement, le médicament était tenu secret et l'on disait que le Ministre CHALANDON avait envoyé sur place un observateur pour connaître ce secret. Ce secret nous paraît évident et nous connaissons des Apocynacées asiatiques renfermant des dérivés de l'ibogaïne qui selon toute vraisemblance ont les même vertus onirophréniques que celle-ci.

A l'heure actuelle M. LOTSOF, qui est allé récolter une certaine quantité d'Iboga au Gabon, poursuit ses expériences en dehors des USA grâce à certaines dérogations spéciales. Il obtient d'excellents résultats dont la presse locale se fait l'écho. Nous possédons plusieurs interviews de sujets qu'il a pu guérir.

Grâce à lui, des recherches fondamentales sont menées à l'Université Erasmus de Rotterdam, à l'Institut Nathan Kline d'Orangeburg, N.Y., à l'Albany Medical College, Albany, N.Y. et par l'intermédiaire du Comité sur les problèmes de Toxicomanies du N.I.H., Bethesda, Maryland, ayant pour but l'investigation des différents systèmes de l'organisme, SNC en particulier, dans lesquels l'ibogaïne est impliquée. Les chercheurs de l'Albany Medical College viennent de montrer que l'ibogaïne bloque la stimulation, induite par la morphine, de la libération de la dopamine mesolimbique et striatale 40

Les résolutions de l'Assemblée Mondiale de la Santé de 1967-68 classent l'ibogaïne parmi les drogues susceptibles d'engendrer une pharmacodépendance ou de porter atteinte à la santé de l'homme.

Somme toute, cet alcaloïde avait été condamné sous l'accusation d'être un hallucinogène semblable au LSD, dont on connaissait, depuis peu, les dangers que cette drogue fait courir à ceux qui en usent.

Cependant, le fait est que, même si l'ibogaïne peut être considérée comme un hallucinogène (onirophrénique), elle n'engendre aucune pharmacodépendance, et il a été prouvé qu'elle supprime la dépendance aux opiacées, aux amphétamines, à la cocaïne, au LSD et même à l'alcool et au tabac.

Quant à "porter atteinte à la santé de l'homme", l'expérience des Gabonais montre qu'il n'en est rien, au contraire.

Le décret de 1967-68 n'a jamais fait cesser le commerce illicite des amphétamines (la fameuse pilule ectasy) non plus que du LSD. Cependant on ne trouve jamais sur ce marché, iboga ou ibogaïne.

D'après DHAHIR (1971),16 l'apparition de l'ibogaïne sur le marché illicite de la drogue a été signalée en 1967 aux USA par la police du Comté de Suffolk et d'après Haight ASHBURY, elle aurait été utilisée par de jeunes drogués à San Francisco comme substitut du LSD.

L'ibogaïne a subitement disparu du marché et il semble que les marchands de drogue se soient rapidement aperçus que son usage les priverait d'une partie de leur clientèle.

CONCLUSIONS

Que doit-on conclure de cette triple expérience du rôle de l'iboga à dose subtoxique, en psychothérapie selon NARANJO, dans le Bwiti et enfin dans la lutte contre les toxicomanies?

1)-Dans le Bwiti, Bwiti Mitsogho en particulier dont il faut souligner la rigueur des rites et des motivations qui lui sont propres, la quantité de drogue, raclures de racine d'Iboga, est mesurée par la "mère", initié qui accompagne et surveille constamment le futur initié. Cette mesure est faite en nombre de corbeilles et ne peut être traduite pour nous en poids d'ibogaïne. Elle est ajustée au comportement du patient et permet de dépasser les premiers stades des visions, pour atteindre celui des visions dites normatives, correspondant à la motivation réelle de celui qui veut voir et connaître les choses de l'au-delà.

De ce fait, la séance d'initiation est lente et progressive ce qui rend possible l'observation de quatre stades parmi ces visions. Les trois premiers sont essentiellement de type freudien et le quatrième , denommé étape des visions normatives, correspond à l'image collective de la tribu.

Dans les Bwiti des Fang, la cérémonie peut être accélérée en substituant aux raclures d'iboga, une préparation galénique aromatisée avec du lait, du sucre ou du vin de palme, connue sous le nom "d'express" ou "d'automatique".

Les femmes peuvent être initiées au Bwiti Fang, et de nombreuses différences sont observées, en raison des changements, dans l'expérience initiatrice, qui se sont produits sous l'influence du christianisme, de la compétition entre les divers mouvements messianiques et prophétiques plus ou moins orthodoxes et de la perte de la notion tribale. C'est pourquoi, il est hors de question de parler de visions normatives dans le Bwiti Fang, qui est un réel syncrétisme entre le culte des ancêtres et le christianisme. Quand tout est dit et fait, les visions correspondent à la culture du nouvel initié: culture chrétienne et occidentale, pour les blancs qui ont été initiés au Bwiti Fang.

2)-Les doses d'ibogaïne utilisées en psychothérapie selon NARANJO sont relativement faibles, la séance de psychothérapie ne dépassant pas 6 heures. La dose de 300 mg par voie orale apparaît juste nécessaire pour déclencher les visions, analysées par le psychothérapeute qui guide constamment le patient en recherchant les causes profondes de la névrose pour laquelle celui-ci l'a consulté. Il semble que les séances doivent être renouvelées.

La conclusion de NARANJO est que l'ibogaïne seule ne peut apporter les changements par elle-même d'où la nécessité du psychothérapeute.

3)-Dans le traitement des toxicomanes, H. LOTSOF donne, par voie orale, une dose unique de 500 mg à 1g de chlorhydrate d'ibogaïne.

La séance est fort longue, environ 36 heures, ce qui est comparable à ce que l'on observe au cours de l'initiation au Bwiti, dans la mesure où l'on évite la lente manducation de l'iboga et les rites qui l'accompagnent. Nous pouvons noter que dans le Bwiti Fang, la séance dure aussi approximativement 36 heures quand la préparation galénique dénommée "express" ou automatique est substituée aux raclures d'iboga.

Les premières visions apparaissent deux heures après l'ingestion de chlorhydrate d'ibogaine. Les trois phases décrites par Lotsof sont comparables aux quatre phases du Bwiti Mitsogho, la première phase étant celle des visions de type freudien et la seconde (questions et réponses) étant comparable à la phase des visions normatives. Lotsof décrit une troisième phase , celle d'une stimulation résiduelle suivie d'un sommeil réparateur de courte durée.

On remarquera que, selon toute vraisemblance, le succès de la méthode LOTSOF dépend lui aussi d'une motivation profonde du sujet traité qui est la volonté de supprimer toute pharmacodépendance.

Le 17 Novembre 1989, l'United States Senate Committee on the Judiciary, publiait un rapport du Comité sur la pharmacothérapie de l'usage des drogues illicites.

Ce rapport concerne essentiellement un programme de recherche "Medication Development Program, MDP" confié au National Institute on Drug Abuse, NIDA, à Rockville, USA.

Le Directeur du Programme MDP a obtenu, dès l'année 1989, une subvention de 30 millions de dollars. Dès le début de 1990, le budget des chercheurs a été porté à 200 millions de dollars.

A cette époque, la recherche n'était pas orientée vers le developpement d'une substance chimique capable de guérir les toxicomanes, mais vers celui de drogues de substitution, comme la methadone, susceptible de supprimer le besoin de drogues dures, particulièrement la cocaïne, tout en créant une dépendance moins dangereuse.

A cette époque, l'ibogaïne n'était pas sur la liste des produits intéressants pour combattre la pharmacodépendance.

Il était difficile d'accepter le fait qu'une substance chimique puisse, en quelques jours, supprimer toute dépendance aux opiacées, à la cocaïne ou à n'importe quelle autre drogue.

Il y avait et il y a encore deux écoles de pensée opposées: les partisans des drogues chimiques de substitution et les partisans d'une psychothérapie douce et de longue durée qui peut quelquefois conduire à la guérison.

C'est pourquoi, nous pouvons comprendre que la méthode de Lotsof ait été initiallement accueillie avec scepticisme et même hostilité.

Avant d'autoriser les essais cliniques d'un nouveau médicament, les agences gouvernementales demandent, tout à fait logiquement, que son activité soit démontrée chez l'animal.

Mis à part le fait que l'ibogaïne a une faible toxicité16 et qu'elle potentialise l'action analgésique de la morphine, les études pharmacodynamiques chez l'animal n'ont fourni que peu de données démontrant l'incroyable propriété de l'ibogaïne qui est de modifier le comportement d'un individu dont le résultat est une nouvelle individuation du cerveau par l'élimination de certaines tendances nuisibles à son plein développement.

Cependant, de nouvelles techniques développées par des chercheurs en neurosciences ont récemment apporté quelques informations précises sur le mécanisme d'action de l'ibogaïne dans le traitement des toxicomanies (morphine et cocaine).

Par l'utilisation de la microdialyse, Di Chiara et Imperato (1988)17 ont montré que l'administration d'amphétamine, de cocaïne, de morphine, de nicotine et d'éthanol, drogues toutes connues comme générant des pharmacodépendances, augmente les niveaux de dopamine extracellulaire (DA) dans le nucleus accumbens et, à une moindre importance, dans le striatum.

I.M. Maisonneuve (1991)41 a montré que l'ibogaïne bloque la stimulation induite par la morphine de la dopamine mésolimbique et striatale. Curieusement, il apparaît que l'ibogaïne affecte les systèmes dopaminergiques du cerveau pendant une période de temps qui dépasse celle de son élimination de l'organisme et, pendant ce temps, altère les réponses de ces systèmes à la morphine. Par ailleurs, l'ibogaïne altère la neurotransmission de la dopamine du nucleus accumbens induite par la cocaïne (P.A. Broderick, 1992).6

Finalement, S.D. Glick (1991)23 a démontré que l'ibogaïne réduit la self-administration intraveineuse de morphine chez les rats, non seulement dans l'heure suivant le traitement par l'ibogaïne (effet aigu), mais aussi un jour ou plus après (effet retard). Etant donné que l'ibogaïne est éliminée rapidement14, la persistance de cet effet-retard suggère la formation d'un métabolite de l'ibogaïne d'une longue durée de vie.

B.C. Barrass et Coult (1972)2 avaient établi que l'ibogaïne inhibe l'oxydation de la sérotonine par une monoamine oxydase (MAO), la cæruloplasmine, et catalyse l'oxydation des catécholamines par le même substrat.

En effet, l'ibogaïne est un puissant sérotoninergique qui a la capacité de réduire le niveau des catécholamines cérébrales. Cette diminution du niveau des catécholamines, dopamine en particulier, explique les résultats décrits récemment sur le bloquage de la stimulation de la dopamine mesolimbique et striatale induite par la morphine et la cocaine.

Nous pouvons préciser que l'ibogaïne n'est pas spécifique de la morphine et de la cocaïne, mais est active en présence de toutes les drogues induisant une pharmacodépendance, ce qui justifie les applications brevetées après le brevet initial de H.S. Lotsof.

La diminution du niveau des catécholamines et l'augmentation conjointe du niveau de sérotonine cérébrale a comme résultat la suppression du sommeil paradoxal SP (REM) et l'apparition de phénomènes hallucinatoires (C. Debru, 1990).13

Le LSD, comme l'ibogaine,2 est un puissant sérotoninergique qui inhibe l'oxydation de la sérotonine et catalyse l'oxydation des catécholamines par la cæruloplasmine.

Cependant, il y a une énorme différence entre les deux alcaloïdes: le LSD est actif à des doses inférieures au milligramme. son activité est difficile à contrôler et le phénomène hallucinatoire produit appartient à un domaine élevé et angélique de sensations esthétiques, tandis que l'ibogaïne est hallucinogène seulement à des doses dépassant 100 mg et le domaine de cette substance onirophrénique est celui du monde souterrain de Freud, de l'instinct animal et de la régression.

La toxicité de l'ibogaïne est faible, inférieure à celle de l'aspirine, ce qui rend cet alcaloïde facile à utiliser.

Les maîtres initiés du Bwiti ont un antidote qui leur permet d'interrompre à tout instant le déroulement des visions si, pour une quelconque raison, l'absorption de l'iboga fait craindre pour la vie du néophyte.

Notons que la sérotonine est le neurotransmetteur du système parasympathique cérébral, les catécholamines étant les neurotransmetteurs du système orthosympathique cérébral, et que les effets chronotrope et inotrope négatifs aussi bien que l'action éveillante de l'ibogaïne sont supprimés par l'atropine, un antagoniste de l'acétylcholine, l'acétylcholine étant le neurotransmetteur du système nerveux autonome.

La période de long rêve éveillé qui suit l'absorption de l'iboga ou de l'ibogaïne à une dose subtoxique (ou dose onirophrénique selon Naranjo) apparaît être responsable de la destruction temporaire de l'ego, suivie de sa restructuration.

Cette hypothèse est en accord avec les observations faites par les ethnologues dans leurs études du Bwiti Mitsogho et pourrait être comparée aux hypothèses de Michel Jouvet et de Sir Francis Crick (C. Debru, 1990)13 sur le rôle des rêves dans la programmation et la déprogrammation des comportements de base, résultant en une nouvelle individuation du cerveau humain.

Normalement, les phases de veille du cerveau humain sont: éveil, sommeil NSP (NREM) (onde lente ou profonde), ondes PGO (pontogéniculo-occipitales) et sommeil SP (REM) (Rapid eye movement ou paradoxal). Le sommeil paradoxal est la période des rêves.

Michel Jouvet et Sir Francis Crick considèrent les ondes PGO comme étant l'outil principal de codage qui agit au niveau cortical, en enregistrant les acquisitions génétiques et épigénétiques nécessaires à l'individuation du cerveau humain.

De plus, au travers de mécanismes d'activation aléatoire, les ondes PGO élimine de certains types de réseaux de neurones, une surcharge informationnelle, liée à un comportement pathologique. C'est ce que C. Debru appelle " le nettoyage des circuits neuronaux."

Le sommeil SP (REM) entreprend, apparemment, un processus de tri parmi les "résidus" excités par les ondes PGO et élimine ces "résidus" pendant le rêve.

Michel Jouvet (lettre du 7 Novembre 1990) ecrit: "Les effets oniriques observés chez l'homme et qui sont produits par des hallucinogènes ne nous permettent pas d'approcher directement les mécanismes du rêve. parce qu'il apparaît que ces deux phénomènes ne peuvent pas être reliés l'un à l'autre."

Nous savons, cependant, que les principales différences entre les rêves et les hallucinations résident dans la manière dont les phases d'activité sont organisées, avec la suppression du sommeil SP (REM) et l'intrusion des ondes PGO dans la phase d'éveil et dans le sommeil NSP (ou lent).

La nouvelle organisation devient: stade d'éveil, stade d'ondes PGO, stade d'hallucinations, stade de sommeil, et il apparaît possible que les manifestations hallucinatoires, le rêve éveillé, éliminent des "résidus" excités par le processus d'ondes PGO en absence de sommeil SP (REM).

La question est: l'hallucination onirique ou onirophrénique peut-elle remplacer le rêve dans la déprogrammation et la reprogrammation itératives du cerveau du sujet traité par l'ibogaïne?

Le concept du rôle des rêves dans le processus d'oubli a été developpé, en particulier par Crick F. et Mitchinson G., (1983) ("On the Function of Dream Sleep")11: "We dream in order to forget."

Cette notion a été complétée par celle de programmation itérative (ou répétée), developpée par Jouvet M. (Michel Jouvet, (1992), "Le sommeil et le Rêve")32. Cette programmation itérative des circuits (PGO, neurones corticaux), responsables de l'idiosyncrasie héréditaire, ne demande pas la production de nouveaux neurones par neurogénèse.

Etant donné que cette neurogénèse n'existe pas chez l'homme (les neurones meurent mais ne se renouvellent pas), il est admis que certains neurones, génétiquement programmés, peuvent être déprogrammés et ensuite reprogrammés dans le but d'une constante et renouvelée individuation du cerveau humain.

Cette programmation itérative met en jeu les ondes PGO (pontogéniculo-occipitales) et une activation corticale ainsi que l'atonie posturale et le REM qui sont les signes extérieurs du SP. "Les orchestres de neurones jouent la partition onirique sous l'influence du chef d'orchestre invisible de l'activité PGO (Jouvet M., 1992).32

Le phénomène du rebond du sommeil paradoxal a été étudié, en 1960, par Dement W. (1960, "The effect of dream deprivation")15.

La méthode de "privation instrumentale de rêve" (méthode de la piscine chez le rat ou le chat; réveil du sujet humain dès que les premiers signes de SP (REM) apparaissent est suivie, d'une part, d' un besoin croissant de rêve, manifesté par l'apparition d'épisodes de SP de fréquences croissantes (presque chaque minute après une privation de 24 h chez le chat), et, d'autre part, par un rebond de sommeil paradoxal, augmentation relative de la quantité de sommeil paradoxal après l'arrêt de la privation.

Jouvet admet que des situations expérimentales capables de produire une forme particulière de "stress", que l'on peut appeler "strain," sont responsables de ce rebond, qui apparaît comme un mécanisme cérébrostatique destiné à restaurer les circuits corticaux affectés par les contraintes imposées à l'organisme et qui sont non gratifiantes.

A l'opposé: "Lorsqu'un rat peut choisir lui-même des stimulations centrales éveillantes (et gratifiantes), dans le cas "d'autostimulation" de l'hypothalamus latéral, des éveils continus de dix heures (entraînés par des stimulations effectuées à la fréquence de plusieurs dizaines de fois par minute), ne sont pas suivies d'augmentation du SP (Valatz, communication personelle). On peut donc supposer que, dans ce dernier cas, l'autostimulation n'intéresse que des circuits génétiquement programmés de l'individuation. L'autostimulation pourrait alors remplacer la programmation itérative du SP."(Jouvet 1992)32 et ne provoque pas le mécanisme du rebond.

Dans des conditions de sécurité, les hallucinations oniriques seraient plus gratifiantes qu'effrayantes (Snyder 1966).59

Naquet (Da Costa 1980)12 a montré que la tabernanthine, isomère de l'ibogaïne, produit, chez le chat, un éveil calme et prolongé, très différent de celui provoqué par les amphétamines, suivi d'un sommeil lent et profond, sans manifestations du SP, donc, sans rebond.

Il en est de même pour l'ibogaïne; non seulement chez l'animal, mais aussi chez l'homme.

Si l'on examine les trois stades du traitement selon Lotsof, on peut admettre que l'oubli des acquisitions épigénétiques commence au cours du premier stade des visions freudiennes, préparant les neurones pour une nouvelle individuation. La reprogrammation itérative peut débuter au cours du deuxième stade (période des visions lumineuses) et se poursuivre pendant la période des questions-réponses. Le troisième stade est caractérisé par un sommeil lent et profond, de quelques heures, sans phénomène de rebond du SP.

On peut, dès lors, considérer l'onirophrénie comme particulièrement gratifiante et capable d'assumer les mêmes fonctions que le SP dans une nouvelle individuation du cerveau humain: "Le chef d'orchestre invisible des activités PGO a quitté le rêve pour un orchestre plus rock et gratifiant: l'onirophrénie!!

Le rapport éveil (environ 36 à 48 h), sommeil lent (2-4 h) se poursuivant quelques mois après le traitement, on peut admettre que la reprogrammation itérative se prolonge pendant cette période et durera jusquau retour du SP.

Expériences de mort imminente

Selon les Mitsogho, les initiés ne verront le Bwiti que deux fois dans leur vie: le jour de leur initiation et le jour de leur mort.

Cela signifie que les visions à l'approche de la mort, qui sont appelées expériences de la mort imminente (NDE "near death experiments"), sont les mêmes que les visions normatives.

Nous savons qu'au moment de mourir, quelques individus voient toute leur vie défiler devant eux. Chez tous ceux qui sont "rescapés de la mort", une transformation spectaculaire est observée. Ils ne craignent plus la mort, ils se sentent plus forts, plus optimistes, plus calmes et contemplent leur vie plus positivement.

Deux Américains, le psychiâtre Raymond Moody42 et le cardiologue Michaël B. Sabom,52 se sont particulièrement intéressés aux manifestations oniriques des NDE.

Après une étude statistique de 150 personnes "rescapées de la mort", M.B. Sabom a établi un tableau de ces manifestations.

Tableau de Sabom

phase autoscopique 1. sentiment subjectif d'être mort

2. paix et bien-être

3. desincarnation

4. Visions d'objets marériels et d'événements

phase transcendantale 5. tunnel et zone sombre

6. Evaluation du passé

7. Lumière

8.Accès à un monde transcendantal. Entrée dans la la lumière

9. Rencontre d'autres êtres

10. Retour à la vie

La plupart de ces manifestations ont été rencontrées dans le Bwiti Mitsogho. A partir du troisième stade, une vision agréable et pacifique, une désincarnation; le néophyte se sent enveloppé d'un souffle qui le transporte dans un village inconnu sans commencement ni fin; une vision de deux Etres extraordinaires, Nzamba-Kana, le premier homme sur la terre, et Disumba, la première femme. Le village est couvert d'étincelles, une boule brillante apparaît alors, le soleil, et la lune et les étoiles. Le soleil se transforme en un magnifique jeune homme, le Maître du Monde, et la lune, en une belle femme, son épouse, la mère de ses enfants, les étoiles. Le vent reconduit l'initié sur la terre où il renaît et est salué avec joie et fierté par les aînés.

Dans le Bwiti Fang, où l'on observe un syncrétisme entre le christianisme et la religion des ancêtres, il est difficile, en raison des nombreuses formes divergentes, de décrire un tout cohérent correspondant aux visions normatives des Mitsogho.

Interviews de jeunes Français

Cependant, des interviews de jeunes blancs de France qui ont souhaité expérimenter l'initiation au Bwiti Fang, montrent une série de visions caractéristiques de leur culture occidentale et généralement chrétienne et qui pour la plupart s'accordent avec le tableau de Sabom.

Ainsi, dans le récit d'un jeune homme nommé Christophe, après quelques visions personnelles de type freudien et quelques visions influencées par le Bwiti Fang, il y a la description suivante: un blanc absolu, un bleu incroyablement lumineux, la joie et la perfection du bleu, un son grave et caverneux, une lumière brillante traversant le front comme un troisième il, choses vues dans l'astral, la vision d'un monde spirituel qui ne peut être vu avec le corps, un énorme soleil alimenté par nos particules, lumière dont nous faisons partie, le paradis qui ne peut être atteint qu'à travers l'esprit, la perception d'une enveloppe l'empêchant de rejoindre le monde spirituel, etc.

Les visions, à la fois dans le Bwiti Mitsogho et le Bwiti Fang, semblent être dominées par l'impression de lumières brilantes que nous trouvons dans le second stade décrit par H.S. Lotsof dans son premier brevet39 (H.S. Lotsof, U.S. Patent 4, 499,096, Feb. 12, 1985).

Après un premier stade caractérisé par des visions de type freudien, le second stade est marqué par une énergie importante pendant laquelle de la lumière ou de brefs éclairs lumineux dansent autour du sujet. Pendant cette période, des pensées continuent qui semblent amplifier la signification des visions observées pendant la première phase. C'est la période des questions-réponses décrites par un des sujets traités par la méthode Lotsof.

Ce qui est important, c'est que la phase lumineuse des questions-réponses soit suivie d'un sommeil réparateur dont le patient se réveille en grande forme et avec une nouvelle confiance en soi.

Lotsof note que les deux premiers stades durent ensemble de 24 à 48 heures, voire davantage, suivies par 3 ou 4 heures de sommeil. Ce besoin réduit en sommeil peut continuer de 1 à 4 mois.

La persistance de cet effet à long terme est en accord avec l'hypothèse (I.M. Maisonneuve, 1991; S.D. Glick, 1991) d'un métabolite d'une longue durée de vie.

Certains sujets traités selon Lotsof, gardent pour un temps assez long l'impression d'être sous l'influence de l'ibogaine.

Une jeune femme hollandaise écrit: "J'ai perdu beaucoup d''intérêt pour les drogues en général, parce que l'effet de l'ibogaine va au-delà de leurs effets, même si ce n'est pas nécessairement d'une manière agréable, " et "Jusqu'à quatre mois après le traitement, j'ai gardé très intensément, l'expérience des couleurs et de la lumière.

La conclusion du rapport fait récemment par cette femme de 25 ans, 6 mois après son traitement par l'ibogaïne, montre bien que cet alcaloïde n'agit pas comme le substitut d'une drogue, type méthadone, mais par une modification réelle de ce qu'elle nomme son "addictive ego:"

"Ibogaine was a mental process for me, a sort of spiritual purification and a truth serum of which I had to experience its results through time. It's only now, after six months, that I can say I am not addicted anymore. It takes time to admit that there is no way back. Ibogaïne is not the solution in itself, although it takes away withdrawal completely. Ibogaïne helps you to realize that all knowledge is avalaible to cure yourself through will power. It's up to you if you are ready to give up your addictive ego.."40

La décision récente du National Institute on Drug Abuse (NIDA) d'ajouter l'ibogaïne à la liste des drogues dont l'activité dans le traitement des toxicomanies doit être évaluée, devrait conduire les autorités compétentes des pays européens à s'engager dans la même voie. Ceci s'applique à la France en particulier, où les recherches sur l'iboga et ses alcaloïdes ont commencé à la fin du dix-neuvième siècle et ont continué bien au-delà de la seconde moitié du vingtième siècle.

Si l'on considère l'ensemble des recherches pharmacodynamiques et cliniques faites sur l'ibogaïne, on constate que cet alcaloïde est une des clefs du domaine passionnant et actuel des neurosciences, en regrettant qu'il ait été injustement condamné comme hallucinogène et souhaitant que soit créé un organisme pluridisciplinaire regroupant ethnologues, médecins, psychiatres et psychologues, chimistes, pharmaciens et pharmacologues et, pourquoi pas, journalistes spécialisés, pour que soit donné un avis définitif sur les propriétés thérapeutiques de l'iboga et de l'ibogaïne dont l'utilisation doit poser d'importants problèmes d'éthique médicale.

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Note Biographique sur l'Auteur

Robert Goutarel est né, en France, le 15 Mars 1909, à Dôle, dans le département du Jura. Il est pharmacien, docteur en médecine, docteur-ès-Sciences, et a été élève du Professeur V. Prelog, Prix Nobel de Chimie, à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich, en Suisse.

Spécialiste de l'étude chimique des plantes à alcaloïdes, Directeur de Recherche au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), R. Goutarel fut le co-fondateur, avec le Professeur M.M. Janot, de l'Institut de Chimie des Substances Naturelles du CNRS, de Gif-sur-Yvette. Il est l'auteur de nombreuses publications, particulièrement sur les alcaloïdes stéroïdiques ("Les Alcaloïdes stéroïdiques des Apocynacées," Hermann Publ., Paris 1964; Steroidal Alkaloids of Apocynaceae and Buxaceae, The Alkaloids, Specialist Periodical Reports, The Chemical Society, Burlington House, London, 1970-1976) et sur les alcaloïdes indoliques, les yohimbines, les alcaloïdes indolo-quinuclidiques des Rubiacées, les alcaloïdes des iboga et des Voacanga.

R. Goutarel a isolé plusieurs alcaloïdes de T. iboga et T. subsessilis: ibogamine, ibolutéïne, iboxygaïne, ibophylline, etc. aussi bien que des plantes du genre Voacanga.: voacangine, voacamine, voacorine, vobtusine.

L'obtention de la 3-méthyl-5-éthylpyridine par fusion alcaline de l'ibogaïne ("Structure de l'ibogaïne," R. Goutarel, M.M. Janot, F. Mathys et V. Prelog, (1953), C.R. Acad. Sci. 237, 1718)28 l'a conduit à proposer une formule partielle comprenant tous les éléments structuraux et les quatre cycles de base de cet alcaloïde, 1A. La formule définitive, 1B, comprenant un cinquième cycle formé par la liaison entre C16 et C17 a été établie, en 1957, par W.I. Taylor.3

Institut de Chimie des Substances Naturelles

du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS)

91198 Gif-sur-Yvette Cedex, France.


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Tabernanthe iboga
T.  iboga Flower



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